Une ferme au milieu de nulle part, perdue dans les Pyrénées. Un patriarche qui vit ses dernières heures. Son exigence : que tous ses héritiers soient présents pour ses funérailles, ceux de son premier mariage et ceux du second, dont la mère, Judith, personnage froid et dénué de sentiments, qui tient à ce que ses volontés soient respectées. Arrivent alors Diane, l’aînée du patriarche et son mari Guillaume, Victor, le premier fils, puis Rachel, l’aînée du second lit accompagnée de son mari Anwar et de sa fille Aluna, et enfin les jumeaux, Pierre et Marie. Et puis il y a Maud, l’inquiétante servante qui semble proche de la folie. Tout ce monde porte en lui des drames, des ruptures, des blessures dont il ne parvient pas à se libérer. Lorsque le vieil homme meurt, au fur et à mesure que les jours passent, les langues se délient, les conflits trop longtemps gardés explosent, les ressentiments envers ce père trop dur, trop rigide, trop peu aimant, finissent par éclater en plein jour. Mais dans cette ferme isolée au milieu de la forêt, sans réseau téléphonique, battue par des pluies diluviennes, la violence verbale cède peu à peu sa place à la violence physique, entraînant les protagonistes dans une spirale d’horreur dont aucun ne sortira indemne.
Avec Je ne suis pas venu pour apporter la paix, Nicolas Martin confirme son talent déjà aperçu dans Fragile/s, un roman entre anticipation, dystopie et techno-thriller. Le mélange des genres est décidément quelque chose qui lui va bien, puisqu’il récidive ici, mais en allant encore plus loin. Un début, simple, dans un décor peu accueillant, un vieil homme mourant, une femme cruelle, acariâtre, une domestique dont la folie ne fait aucun doute. Sur ce fond de thriller somme toute classique sur les non-dits et les rancœurs d’une famille explosée, Nicolas Martin tisse peu à peu une toile horrifique, d’abord par une violence qui, trop longtemps contenue, finit par éclater avec des morts sordides. Mais loin de s’arrêter là, l’auteur bascule dans une autre dimension, celle de l’effroi, de l’horreur et du fantastique. Un roman qui n’est pas sans rappeler la trame de construction de certains Stephen King, où le normal finit en épouvante. Avec cette idée toujours présente que nul ne saurait échapper à son destin.
Là où j’avais adoré Fragile/s, je suis définitivement conquis par la plume de Nicolas Martin et cette manière qu’il a de nous retourner le cerveau pour nous emporter, lecteur spectateur impuissant, dans son récit jusqu’à un final qui nous laisse épuisé. Définitivement, un des meilleurs romans qu’il m’ait été donné de lire ces derniers temps, et sans aucun doute une des incontournables de cette rentrée littéraire.
Je remercie infiniment les éditions Au Diable Vauvert pour leur confiance renouvelée.
Je ne suis pas venu pour apporter la paix, de Nicolas Martin, Éditions Le Diable Vauvert, septembre 2026, 23€, ISBN 979-10-307-0784-7