Du thé pour les fantômes, de Chris Vuklisevik

« Quand on est vivant, on occupe les places que les morts ont laissées. C’est la règle. »
Agonie est sorcière. Félicité, passeuse de fantômes. Le silence dure depuis trente ans entre ces deux filles de berger, jusqu’au jour où la mort brutale de leur mère les réunit malgré elles. Pour recueillir ses derniers mots, elles doivent retrouver son spectre, retracer ensemble le passé de cette femme qui a aimé l’une et rejeté l’autre. Mais son fantôme reste introuvable, et les témoins de sa vie, morts ou vivants, en dessinent un portrait étrange, voire contradictoire. Que voulait-elle révéler avant de mourir ? Qui était vraiment cette femme fragmentée, multiple ? Leur quête de vérité emmènera les soeurs des ruelles de Nice au désert d’Almería, de la vallée des Merveilles aux villages abandonnés de Provence, et dans les profondeurs des silences familiaux. Entrez dans le salon de thé. Prenez une tasse chaude à l’abri de la pluie. Écoutez leur histoire.

Lire Du thé pour les fantômes, c’est un peu comme entrer dans une pièce feutrée où le temps s’étire. Dès les premières lignes, j’ai senti que l’écriture allait occuper toute la place. Il y a dans la plume de l’autrice une recherche, un goût du détail, presque une gourmandise des mots. On avance doucement, comme à pas feutrés, happé par une musicalité qui berce plus qu’elle ne secoue.

Il m’est arrivé, à plusieurs reprises, de relire certains passages juste pour le plaisir de la phrase. Les images sont soignées, parfois inattendues, et l’ensemble dégage une atmosphère enveloppante, comme un parfum discret qui s’invite sans prévenir. Pourtant, à force d’être portée par l’écriture, j’ai parfois eu le sentiment de perdre de vue le cœur du récit. Comme si l’histoire, à trop se laisser border par les mots, s’effaçait doucement derrière le rideau de la prose.

Je me suis surprise à refermer le livre sans vraiment savoir ce qui me restait de l’intrigue. L’écriture, elle, persistait, mais l’histoire me glissait un peu entre les doigts. Ce n’est pas un reproche, plutôt une constatation : ici, la forme prend le pas sur le fond, et il faut accepter de se laisser porter, sans forcément chercher l’embrasement narratif.

Malgré cela, je garde un vrai respect pour cette démarche littéraire. Il y a une audace à privilégier la beauté du texte, à assumer une certaine lenteur, à inviter le lecteur à savourer plutôt qu’à dévorer. Ce roman s’adresse sans doute à celles et ceux qui aiment se perdre dans la langue, qui cherchent à être surpris par une image, un rythme, une respiration.

En refermant Du thé pour les fantômes, je n’ai pas eu l’impression d’avoir voyagé loin, mais j’ai apprécié la promenade, les détours et surtout cette petite musique qui continue de résonner, longtemps après la dernière page.

Chris Vuklisevik, Du thé pour les fantômes, Folio Fantasy, janvier 2025, 9 €

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