Les éditions Au Diable Vauvert poursuivent la réédition des recueils de poèmes de Bukowski, pour notre plus grand bonheur, d’autant que cet ouvrage est un inédit en France.
Il se compose de quatre segments, Ça prend mon cœur dans ses mains, Crucifix dans une main sans vie, À l’angle de la terreur et de l’agonie, Brûler dans l’eau, se noyer dans les flammes, qui donne le titre à cette anthologie, et couvre une période créatrice de Buck de 1955 à 1973. L’auteur y explore à nouveau ses thèmes de prédilections, les courses hippiques, les femmes qui partagent sa vie et parfois seulement une nuit, l’alcool bien sûr, l’écriture, le travail alimentaire, car il faut bien se nourrir et payer son loyer. La dèche permanente qui est récurrente et qui lui permet d’exprimer en termes presque pudiques pour mieux cacher sa rugosité et son côté sans fard, son attachement aux plus modestes, les laissés-pour-compte de la société, ceux qui exercent des métiers peu valorisants et que la plupart préfère ignorer. Sous des dehors que l’on pourrait qualifier d’assez « bruts de décoffrage » et provocateurs (les plus anciens se souviendront de cet Apostrophes où Cavanna, excédé, finit par lui balancer « Ta gueule Bukowski ! »), se cache une âme indiscutablement sensible, empathique, sincère – on le voit lorsqu’il évoque sa mère ou son père dans certains de ses poèmes.
Charles Bukowski reste indiscutablement un des plus grands poètes de l’underground, un des plus authentiques également. Lire Buck, ce n’est pas juste tendance, c’est découvrir un aspect de l’Amérique profonde à travers ceux qui ne feront jamais la une des journaux ou la devanture des vitrines. C’est sans doute cela, l’authenticité.
Je remercie une nouvelle fois les éditions Au Diable Vauvert pour ce magnifique travail et pour leur confiance renouvelée, j’espère m’en être montré digne.
Brûler dans l’eau, se noyer dans les flammes, de Charles Bukowski, traduction de Romain Monnery, Éditions Au Diable Vauvert, mai 2026, 24 €, ISBN 979-10-307-0783-0