Kali est une intelligence artificielle conçue pour accomplir l’impossible : fonder une colonie sur Njörd, une exoplanète hostile située à cinq années-lumière de la Terre. Envoyée seule pour un voyage sans retour, elle porte en elle la promesse d’un nouveau départ.
Une greffe de vie qu’une machine choie avec tout l’amour feint dont elle est capable dans le but de la faire s’épanouir. Sur ce monde de fer et de glace, où l’aurore est éternelle et où la mer a le gout du métal, les enfants grandissent sous la protection d’animaux robotiques, la liberté s’acquiert dans le choix et l’amour transcende les espèces.
Dans sa programmation, Kali possède tout le nécessaire pour simuler des émotions au sein de la colonie. Pour le bien de cette dernière, mais peut-être aussi pour le sien.
Gros coup de cœur pour ce roman. Typiquement le genre de lecture qui te donne envie de repousser l’heure du coucher… puis de relire certains passages une fois terminé, juste pour prolonger un peu l’expérience.
L’idée de départ est excellente, vraiment bien trouvée, et surtout exploitée intelligemment. L’intrigue tient parfaitement la route, avec une progression qui ne donne jamais l’impression de tourner en rond ni d’utiliser des ficelles faciles. À plusieurs moments, je pensais avoir deviné où l’histoire allait m’emmener… et je me suis trompée. Et tant mieux. J’aime quand un roman me surprend sans tomber dans l’incohérence.
Je n’ai absolument pas les compétences scientifiques pour juger de la solidité technique des éléments abordés, mais tout m’a paru crédible. Et surtout, je n’ai jamais eu cette sensation d’être noyée sous un déluge de jargon incompréhensible — ce qui m’arrive assez souvent en SF, et qui me fait décrocher très vite. Ici, les notions sont suffisamment claires pour qu’on comprenne les enjeux sans avoir l’impression de lire un manuel déguisé. Le récit reste toujours au premier plan.
Les personnages sont vraiment réussis. Kali en particulier m’a mise mal à l’aise de façon très subtile, presque insidieuse. Il y a en permanence un décalage entre ce qu’il dit, ce qu’il fait et ce qu’on devine qu’il ressent réellement. Cette tension diffuse accompagne toute la lecture et donne une profondeur supplémentaire au récit. On avance avec cette petite sensation que quelque chose ne tourne pas rond… sans forcément réussir à formuler pourquoi.
Les péripéties s’enchaînent avec beaucoup d’efficacité, sans jamais donner l’impression d’être là juste pour faire avancer artificiellement l’intrigue. Chaque élément trouve sa place et l’ensemble reste très cohérent. J’ai vraiment apprécié le fait de ne pas pouvoir anticiper facilement la suite.
Quant à l’écriture : elle est exigeante, précise, de très bon niveau, mais sans jamais devenir froide ni prétentieuse. C’est fluide, maîtrisé, agréable à lire, et ça fait du bien de voir qu’on peut proposer une science-fiction ambitieuse sans tomber dans quelque chose d’hermétique.
Bref, une très belle découverte, qui m’a tenue en haleine du début à la fin. Clairement une lecture que je recommande — et que je ne suis pas près d’oublier.
Le recommencement mécanique de Charlotte Pili, Livr’S éditions, ISBN 9782379101922, 19€