Quelque part dans la banlieue de Philadelphie, Joseph « Joey », jeune garçon noir timide et rêveur, vit sa misérable existence dans une maison délabrée envahie par les cafards qui tombent du plafond, entre une mère toujours absente et défoncée au crack, un grand-père violent qui passe volontiers ses nerfs sur lui pour « en faire un homme », sa petite sœur, son petit frère et sa tante Tia à peine plus âgée que lui. Joey est solitaire, mal dans sa peau, souffre de moqueries de la part de certains camarades d’école. À cela s’ajoute une énurésie qui diminue encore le peu d’estime qu’il a pour lui. Alors, pour exister, Joey s’évade. D’abord en reportant son affection sur des animaux de compagnie plus invraisemblables les uns que les autres, en dessinant également des univers fantasmagoriques peuplés de créatures gigantesques et féroces. Et en se réfugiant dans les jeux vidéos. Il s’invente un monde dans lequel il peut être quelqu’un, avec une véritable personnalité, et c’est paradoxalement ce monde virtuel qui lui permet peu à peu de s’affirmer dans le réel.
« Extraordinaire! » a titré le New York Times, et même si je suis en général plutôt méfiant sur ce genre de commentaire figurant en gros sur la couverture, je ne peux qu’être d’accord. Ce roman est réellement extraordinaire, une véritable leçon de vie, d’apprentissage, d’un gamin qui n’a rien et qui n’est rien, pour devenir enfin quelqu’un. Le langage parfois cru, en particulier du grand-père, Popop, pourra en choquer certains, mais il y a aussi dans ce parler vrai une justesse, l’impression que l’on assiste plus à un récit autobiographique qu’à une fiction. J’avoue avoir éprouvé une énorme tendresse pour ce gamin mal fagoté, mal dégrossi, pour qui le monde est trop vaste mais dont la nature est peut-être aussi trop vaste pour ce monde.
Un énorme coup de cœur de ce début d’année 2026, que l’on doit aux Éditions du Cherche Midi, que je remercie infiniment pour leur confiance et pour m’avoir permis d’accompagner le jeune Joey sur le chemin de sa vie.
Joey, de Joseph Earl Thomas, traduction de Paul Mathieu, Éditions Le cherche Midi, mars 2026, 22,50 €, ISBN 978-2-7491-8264-3