Mai 1945. L’euphorie de la victoire des Alliés en Europe résonne dans la petite ville de Bonhomie dans l’Ohio et Margaret Salt échange un baiser avec Cal Jenkins. L’un et l’autre ignorent que ce tendre échange furtif va sceller leur destin à tout jamais. Et tandis que le pays se reconstruit dans le boom de l’après-guerre, un secret prend racine à Bonhomie.
Mais rien ne chuchote plus qu’une petite ville du Midwest, et Bonhomie n’est pas en reste quand il s’agit de colporter des ragots. Car la rencontre entre Margaret, mariée à l’honnête mais prude Felix, et Cal, marié lui à la clairvoyante Becky, va avoir des conséquences sur les deux familles sur plusieurs générations. Il y a aura des enfants et leurs enfants après eux, il y aura des blessures, des trahisons, des amitiés sincères, une autre guerre, des fêtes, des départs et de retrouvailles. Et tout au bout, une certitude : quand viendra l’orage, Cal et Margaret pourront toujours se dire que le soleil brillera demain…
J’avais beaucoup entendu parler de Quand viendra l’orage, présenté comme une fresque familiale exceptionnelle et un immense roman américain. Après lecture, mon avis est plus nuancé.
Le livre possède de réelles qualités. L’écriture est agréable, fluide et se lit avec facilité malgré l’ampleur de la période couverte. Certains personnages, notamment parmi les deux familles au cœur du récit, suscitent rapidement l’attachement et donnent envie de poursuivre leur histoire. L’auteur restitue également avec justesse l’atmosphère de l’Amérique rurale de l’après-guerre et des décennies qui suivent.
Pourtant, je suis restée à distance de l’enthousiasme général. D’abord parce que les personnages, malgré leur potentiel, m’ont souvent semblé insuffisamment explorés. Plusieurs d’entre eux auraient mérité davantage de profondeur psychologique pour que leurs choix et leurs évolutions résonnent pleinement.
J’ai également été gênée par la construction du récit. De nombreux chapitres donnent l’impression d’enchaîner les événements, les anecdotes et les périodes de vie sans véritable liant. J’ai parfois eu la sensation de lire un catalogue de faits et de situations, comme si l’auteur avait aligné ses notes chronologiques les unes après les autres. Cette structure finit par créer une certaine distance émotionnelle et empêche, selon moi, certaines scènes pourtant importantes de déployer toute leur force.
Cela ne fait pas de Quand viendra l’orage un mauvais roman, loin de là. C’est une lecture agréable, bien écrite, portée par des personnages auxquels on s’attache facilement. Mais je suis restée loin du chef-d’œuvre annoncé par la promotion de l’éditeur et par certains avis très enthousiastes. J’y ai trouvé un bon roman familial, parfois touchant, parfois prenant, mais pas la fresque inoubliable que l’on m’avait promise.
Au fond, cette lecture me rappelle surtout à quel point les campagnes de communication les plus ambitieuses rendent parfois un mauvais service aux livres qu’elles cherchent à défendre. Lorsqu’un roman est présenté comme un événement exceptionnel ou un futur classique, le lecteur n’aborde plus le texte avec curiosité mais avec des attentes démesurées. Et rares sont les ouvrages capables de survivre à une telle montagne de promesses.
Quand viendra l’orage de Patrick Ryan, Belfond, ISBN 978-2714499127, 23,90€