Ce qui nous frôle sous la surface, de Colum McCann

Anthony Fernell est un écrivain irlandais qui a perdu la flamme, entre sa séparation avec la femme qu’il aimait et son fils qu’il ne voit pas grandir, une consommation excessive d’alcool et une vie qui se délite. Il croit pouvoir tenir un début de rédemption en s’intéressant à la rupture des câbles internet en plein océan. Après des inondations cataclysmiques au Congo, une panne géante paralyse tous les réseaux téléphoniques de l’Afrique du Sud et de l’Ouest. Il parvient à embarquer sur un des navires chargés de la réparation, dirigé par un Irlandais comme lui, John Conway. Un homme taiseux qui ne s’exprime que par nécessité et qui pourtant semble attirer aussitôt le regard partout où il passe. Le couple qu’il forme avec une jeune actrice sud-africaine, Zanele, est aussi étrange que difficilement compréhensible.

Alors que le George Lecointe, le navire de Conway, quitte le port vers la première rupture de câble, Fernell en vient à se poser des questions sur ce que signifie humainement ces ruptures, leur implication dans la vie des êtres qui l’entourent, mais aussi, plus profondément, sur les traits de caractères du capitaine et sur sa propre existence, isolé et quasi méprisé de tous.

Ce qui nous frôle sur la surface est une histoire d’hommes, de matériel, de monde qui bouge sans doute trop vite. En faisant le parallèle entre l’histoire du journaliste qui se demande comment renouer des liens avec son fils en Amérique du Sud et désespère de pouvoir lui exprimer ses sentiments même par courrier, celle de John Conway, l’énigmatique marin et son couple qui bat de l’aile, et les dégâts sur les câbles enfouis sous la mer, Colum McCann réussit une œuvre autant contemplative qu’émouvante, entre résignation, lutte pour survivre, discours écologiste qui tranche avec la pollution actuelle assumée par nos dirigeants (il suffit de voir ce que nous coûte en eau potable les centres d’IA par exemple). Lorsque le câble est rompu, il faut se rendre sur place et le réparer, parfois par des moyens archaïques, un grappin fixé au bout d’un immense filin qui va racler la vase à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Et derrière, toute la pression des fournisseurs de communications, tout le système fonctionnel même d’un pays qui dépend de ces quelques mètres de fil endommagé. Mais lorsque c’est l’homme qui se rompt, comment peut-on imaginer une réparation ? L’auteur nous propose deux voies, celle que choisi Fernell et celle que choisira Conway.

Indiscutablement un très grand roman d’un auteur que je découvre ici chez Belfond et qui marque de son empreinte la rentrée littéraire 2026. Une histoire de drame, de solitude et de l’implacable avancée de la société quoi qu’il en coûte.

Je remercie infiniment les éditions Belfond pour leur confiance renouvelée et pour m’avoir permis de découvrir ce livre en avant-première. Vous ne pouvez pas passer à côté.

Ce qui nous frôle sous la surface, de Colum McCann, traduction de Clément Bande, Éditions Belfond, aout 2026, 23€, ISBN 978-2-7144-9970-7

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