Après Le tableau du maître flamand, j’ai retrouvé avec plaisir l’auteur carthaginois dans un roman aussi fouillé que le précédent, et aussi pointu en matière historique, puisque ce n’est ni plus ni moins que la biographie d’Alexandre Dumas que Pérez-Reverte utilise comme référence dans ce récit. Il nous invite donc sur les pas de Lucas Corso, un bibliophile chasseur de livres à gages, comme il se plaît à se nommer. L’homme effectue en effet des démarches d’authentification, des recherches historiques, négociations et achats pour le compte de riches clients pour qui seul le livre importe. Il se retrouve avec une double tâche particulièrement ardue. La première est de valider un manuscrit original de l’auteur des Trois mousquetaires dont personne ne soupçonnait l’existence jusqu’à présent. La seconde, est de comparer l’iconographie de trois traités de démonologie dont l’auteur a fini sur le bûcher en 1667. Son livre censé exister en un unique exemplaire a disparu sur ordre de l’Église ; or, trois personnes en possèdent chacune un. Est-ce que ce sont les mêmes ? Y a-t-il un exemplaire original et deux faux, ou bien chacun recèle-t-il un secret ? Au fur et à mesure de sa quête, entre Madrid, Paris, Lisbonne, des salons de collectionneurs fortunés aux méandres des librairies les plus mystérieuses, Lucas Corso mène l’enquête, tel Sherlock Holmes. Et d’ailleurs est-ce le seul fruit du hasard s’il se fait épauler par une étrange jeune fille prétendant répondre au nom d’Irène Adler ? Tandis que la mort le suit, incarnée par d’obscurs personnages dont la similitude avec ceux imaginés par Alexandre Dumas, Rochefort, Milady, augmentent encore sa confusion.
Arturo Pérez-Reverte est à la littérature ce que Hugo Pratt est à la bande dessinée : un maître du genre, avec ce qu’il faut de mystère, d’ésotérisme et de non-dit pour ne pas se contenter d’une œuvre mineure ou banale. Chaque situation et leurs revirements emmènent le lecteur encore plus loin, au risque de le perdre pour mieux le récupérer ensuite, ébouriffé. L’autre point commun selon moi est que ces deux auteurs ne se laissent pas facilement apprivoiser. Leur lecture demande du temps et de la concentration afin de ne rien manquer du petit détail qui fait toute la différence.
Ce Club Dumas est assurément un excellent cru de l’auteur, qui mêle habilement le vrai et le faux, l’histoire dans l’Histoire, le contemporain et l’ancien, avec un petit brin de fantastique ou plutôt de fantasmagorie. Je ne saurais que trop vous conseiller d’en ouvrir les pages et de vous laisser emporter.
Je remercie vivement les éditions Folio pour leur confiance renouvelée.
Le club Dumas ou L’ombre de Richelieu, d’Arturo Pérez-Reverte, traduction de Jean-Pierre Quijano, Éditions Folio, mai 2026, ISBN 978-2-07-304161-6