Acide, de Victor Dumiot

Un jeudi soir, alors qu’elle se rend à une réunion entre amis, Camille est sauvagement agressée dans les couloirs du métro. Un individu lui jette de l’acide sulfurique sur le visage. Très grièvement brûlée, elle est transportée à l’hôpital. Son coma est long, son réveil douloureux. Elle n’a plus de visage. Entre les multiples soins, les greffes, le rejet de son propre corps et la colère qu’elle éprouve à l’encontre des chirurgiens « qui auraient dû (la) laisser mourir », Camille doit apprendre à se reconstruire dans une enveloppe qu’elle considère comme étrangère. Avec ses souffrances physiques et morales, elle se retrouve peu à peu isolée. Ses amis la fuient, sa famille semble l’éviter. Elle finit par trouver un semblant de réconfort auprès des autres traumatisés du service, brûlés comme elle.

Julien est un être falot au tempérament auto-destructeur, sans avenir, un geek qui passe sa vie sur le Darknet à télécharger des contenus pornographiques qu’il consomme sans retenue. Un jour, il télécharge autant par hasard que par erreur une vidéo aussitôt retirée de la page. Cette vidéo montre une agression filmée au téléphone portable de l’autre côté de la voie du métro. Celle de Camille. Hypnotisé par ce court film qu’il se passe en boucle, Julien n’a plus qu’une seule envie, retrouver la jeune femelle, toucher ses cicatrices, comprendre et intégrer sa douleur. Il voudrait pouvoir souffrir comme elle.

Alors que Camille se résout à accepter une greffe de visage, Julien finit par retrouver sa trace et se met à l’espionner, tout en cherchant un moyen de la rencontrer pour lui parler.

Acide est un roman qui met une claque. Le lecteur n’est pas prêt à suivre le parcours de combattant de Camille. De l’empathie que l’on ressent forcément à son égard, on passe aisément à une sorte de fascination morbide. L’auteur oblige à devenir un voyeur des doutes de la jeune femme, et en parallèle les turpitudes de Julien, un homme fasciné par le sexe, mais aussi par la souffrance, la douleur et la laideur, au point de se demander comment il pourrait procéder pour ressentir la même souffrance que l’objet de ses fantasmes.

On sort de cette lecture essoufflé, retourné. Un premier roman incroyablement maîtrisé et d’une violence contenue qui interroge sur les déviances de notre société.

Je remercie infiniment les éditions du Livre de Poche pour leur confiance.

Acide, de Victor Dumiot, Le Livre de Poche, août 2026, 8,70€, ISBN 978-2-253-25117-0

Laisser un commentaire