Richard est un paumé, un loser issu d’une banlieue où les espoirs se conjuguent avec les points de deals, les violences urbaines et les cannettes usagées balancées depuis les fenêtres d’immeuble. Il a quelques amis avec qui il partagent des rêves d’un futur meilleur. Avec à peine un CAP de cuisinier en poche, il survit de petits boulots, employé dans un asile, ferrailleur pour des gitans, un service militaire pas fait pour lui où il se rebelle facilement et finalement chasseur dans un grand hôtel du vieux Montpellier. C’est là qu’il rencontre un richissime homme d’affaires, un entrepreneur qui a fait fortune dans la boulangerie française exportée aux Etats-Unis. L’homme le prend en affection et l’emmène dans ses bagages à New York. Voilà Richard devenu businessman, entre manipulations, fortune, vrais et faux amis. Il en ressortira transformé à jamais. Mais, dans ses doutes, il se raccrochera sans cesse à son modèle, Sylvester Stallone, parti de rien comme lui, vivant dans la rue et courant après les cachets, jusqu’à son triomphe dans Rocky.
Voici donc un roman extraordinaire à plus d’un titre, et d’une originalité peu commune, puisque l’auteur, Bruno Marsan, dresse en parallèle une double biographie. La première romancée, semble bien évidemment largement inspirée de ses propres expériences personnelles : on y croise des personnages connus et leurs travers peu reluisants. La seconde est celle de Stallone, un acteur que l’on a trop tendance à associer à l’expression « gros muscles petit cerveau », et qui doit une grande partie de sa notoriété à ce genre de films bourrins et violents, mais qui se dévoile dans des informations personnelles sincères et touchantes. Il en résulte un récit dual où la tentation comparative est pleinement voulue et assumée par l’auteur, et surtout pleinement réussie.
L’Underdog, c’est l’outsider, celui qui a peu de chances de l’emporter au départ, le compétiteur que l’on ne voit pas remporter un match, et plus généralement un homme qui ne bénéficie d’aucun statut dans la société. Cette métaphore, c’est celle de Richard, le zonard de banlieue et son maigre CAP qui finit par tutoyer les sommets, c’est Rocky lors de son premier combat dans le film, c’est Stallone qui cherche à s’imposer, qui a écrit des centaines de scénari dont personne ne veut, mais qui s’accroche malgré tout. Un roman magistral dans le ton, l’ambiance, l’écriture, où tout sonne juste. Un roman indispensable à tout bonne bibliothèque, édité par les éditions Seguier qui offre là une histoire comme on en voit peu. Je pense entre autres à Alone, la biographie de Mickey Baker, déjà publiée chez eux, et qui s’avérait être une pépite.
Je remercie Infiniment pour la confiance qu’ils ont bien voulu m’accorder pour la lecture de ce livre. Encore un coup de cœur énorme de cette année 2026.
Underdog de Richard Marsan, Éditions Seguier, janvier 2026, 23,50€, ISBN 978-2-38636-026-8