Vallée du carnage, par Romain Lucazeau

J’avais beaucoup apprécié les romans précédents de Romain Lucazeau, mais celui-ci m’a posé des problèmes.

D’abord parce qu’il ne rentre pas à mes yeux dans la catégorie des uchronies, bâties sur un point de divergence et ses suites, mais dans celle des univers parallèles, mondes peut-être possibles (et j’expliquerai plus loin pourquoi celui-ci ne me paraît pas possible) mais qui demandent une quantité de divergences pour advenir. L’un des personnages, Ormuzd, dresse une liste, seulement partielle à mon avis, de tous les faits qui ont changé de façon indépendante, c’est-à-dire sans même qu’un des changements soit conséquence des autres. Mais, à mon avis toujours, l’univers caricatural, basé sur les caricatures de la Perse par les historiens grecs, Frank Miller et sur les caricatures de la Phénicie et de Carthage par la Bible et les historiens romains, se veut en fait une caricature de notre présent, le Roi des Rois Perse, Orode, du roman étant une caricature de Poutine et Carthage des USA (avant Trump).

Sauf que, si ces pays caricaturaux avaient continué, leur système social n’aurait, à mon avis, jamais permis le même progrès scientifique que celui que présente ce roman. Progès qui dépasse même largement celui déjà réalisé dans notre monde.

Nous avons donc une Perse caricaturale qui possède une suprématie écrasante dans les airs et l’espace et, même, des Monolithes capables de détruire tout appareil volant étranger qui essaierait de pénétrer l’espace aérien perse. Tandis que les Carthaginois, à l’aide du contrôle de la reproduction, du clonage et de la transformation des clones ainsi produits en cyborgs surhumains, possèdent une légion qui surpasse de très loin les « spetznatz » russes.

Le roman, qui alterne les actions de différents personnages, raconte comment la volonté d’Orode d’écraser la cité d’Ectabane et l’Arménie, pourtant vassale, va entraîner une réaction en chaîne qui pourrait amener la destruction complète de la planète et comment cette catastrophe sera évitée.

Mais les différents personnages me sont apparus comme de simples marionnettes, sans la moindre épaisseur humaine, manipulées par le montreur qu’est l’auteur du roman – sentiment aggravé par la narration, le narrateur tutoyant successivement chacun de ses pantins comme dans une reprèsentation de marionnettes. Le fait que l’un des personnages joue lui aussi à manipuler les autres ajoute une mise en abyme à cette image de théâtre de marionnettes.

Et le drame entier, loin d’être la caricature de notre présent et des risques d’un futur monstrueux (ou d’une résurgence d’un passé monstrueux encore récent), prend en fin de compte un aspect de pièce de Grand Guignol …

Vallée du carnage, par Romain Lucazeau, Folio SF n°776, 2025, 559 p., couverture de Nicolas Starter, F9, ISBN 978-2-073-10435-9

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