Le thème d’une dictature écologiste post catastrophique n’a rien de nouveau, particulièrement dans la littérature pour « jeunes adultes », et l’idée d’un tel régime comme, éventuellement, la seule façon de recréer une société humaine après les années de désastre est malheureusement très loin de l’impossible.
Celle-ci, qui domine la Fédération Européenne qui est née dans les ruines de 35 états – entre les autres survivants qui prétendent conserver les méthodes anciennes comme la Russie, la Chine et les Etats-Unis tandis que l’Afrique a été totalement détruite et il n’est pas fait mention du reste de l’Asie ou de l’Océanie -, présente en fait les contradictions d’un culte du Vivant qui n’interdit ni l’expulsion dans le Dehors de tous ceux qui ne font pas partie des classes privilégiées, ni leur contrôle et souvent leur assassinat par policiers et militaires dispensés de s’abstenir de la violence pourtant proscrite et, même, d’armes létales. Mais c’est le retour, après référendum, de la peine de mort pour les criminels qui va faire prendre conscience à certains, dont l’héroïne, Ada Veen, fille d’une des dirigeantes de la Fédération, de l’hypocrisie généralisée, lorsqu’elle sera désignée par tirage au sort pour le rôle d’exécutrice d’une condamnation à mort.
Le roman raconte donc sa fuite, les soutiens qu’elle obtient et les colères, voire la haine, de sa mère qui veut devenir Présidente…
Bien mené, le roman mérite lecture et réflexion. Pocket le publie comme une étoile montante de l’Imaginaire, pas comme un roman jeunesse. C’est pourtant un roman qui s’adresse d’abord aux jeunes de l’âge de l’héroïne, un roman qui respecte donc la règle de Robert Heinlein : « un héros de l’âge des lecteurs visés sans autre changement du mode d’écriture ».
Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne, par Jérôme Leroy, Pocket n°7394, 2025, 318 p., couverture de Constantin Perruchet, vol8, ISBN 978-2-266-35118-8