Paru chez Robert Laffont en 1975 et republié par Gallmeister en 2017, ce roman est surtout connu des aficionados par le film qu’en a tiré Clint Eastwood en 1975 sous son titre original, The Eiger Sanction. Ill met en scène Jonathan Hemlock, professeur d’art, alpiniste chevronné, qui vit dans une vieille église restaurée et collectionne les peintures des grands maîtres. Pour se permettre de financer sa passion, il travaille pour une organisation gouvernementale secrète, le CII, en tant que tueur spécialisé. La sanction, c’est la mort d’un homme ayant trahi ou étant responsable de la mort d’un agent du CII. Alors qu’il songe sérieusement à décrocher, Hemlock est contacté par son employeur, Dragon, un albinos qui vit recru dans une chambre aseptisée. L’homme sait que son tueur convoite un Pissaro au marché noir. En échange de la peinture, il lui propose de sanctionner un homme qui a abattu un de leurs agents à Montréal. Hemlock s’exécute, mais peu de temps après, Dragon le convainc par chantage à retrouver le deuxième tueur présent sur les lieux : un homme qui boîte et qui va participer à une expédition sur l’Eiger. Problème pour Hemlock : il a échoué l’ascension par deux fois. Et il ignore qui de ses trois compagnons d’escalade est la véritable cible.
La sanction est un roman original, qui manie l’humour froid et l’aventure, avec ce côté suranné des thrillers d’espionnage des années ’70. On ne s’y ennuie pas une seconde, d’autant que tous les personnages sont savoureux, à commencer par Jonathan en tueur désabusé que seules les peintures intéressent. On comprend aisément que ce personnage ait plu à Clint Eastwood, qui incarnera ce genre de rôle à maintes reprises dans sa carrière. Quant à l’auteur, fort du succès de son ouvrage en 1972, il restera pendant longtemps un mystère, refusant toute interview et toute photographie, multipliant les genres et les pseudonymes pour mieux dérouter ses lecteurs. Ce n’est que partiellement en 1983 et totalement en 1998 que l’on découvrira son véritable nom : Rodney William Whitaker. L’homme aura vendu plus de 5 millions de livres sans jamais en faire la moindre promotion.
La sanction, de Trevanian, Éditions Gallmeister, janvier 2017, 10,50€, ISBN 978-2-35178-597-3