Le murmure des victimes, de David Coulon

L’art du thriller qui chuchote… avant de mordre

Une maison isolée, une enfant qui entend « quelque chose » dans les murs, et un homme en fuite qui croit devenir fou à son tour. Avec Le Murmure des Victimes, David Coulon signe un thriller noir et anxiogène, qui avance masqué, brouille les pistes, et vous fait écouter le silence… un peu trop longtemps.

Psychologue de formation, metteur en scène et auteur également pour le théâtre, David Coulon aime sonder les zones de rupture, celles où l’esprit vacille et où le réel se fissure.
Côté polar, il n’est pas un débutant qui découvre le couteau à beurre : il a notamment obtenu le Prix VSD du Polar en 2015 pour Le village des ténèbres, et a été finaliste du Grand Prix de Littérature Policière en 2021 avec Biotope.

Le pitch (sans spoiler)

Emma, huit ans, vit désormais dans une famille d’accueil aimante, loin de parents toxiques. Mais la nuit, elle entend un murmure derrière les murs – un monstre, dit-elle. Personne ne la croit.
Non loin de là, un homme assassine sa compagne. Traqué, il se cache dans la maison d’Emma, à l’insu de tous… et devient le prisonnier invisible de cette bâtisse. Très vite, lui aussi perçoit des râles, des griffures, des bruits qui ne devraient pas exister. Pourquoi eux seuls les entendent-ils ? Et si le monstre n’était pas une métaphore confortable ?

Ce que le roman fait (très) bien

1) Une montée en tension au scalpel
Coulon ne cherche pas l’effet « boum » toutes les deux pages. Il préfère le poison lent : l’inquiétude s’installe, s’épaissit, colonise le quotidien. La maison devient un organisme. Les murs, une membrane. Et le lecteur, un capteur – condamné à guetter le moindre craquement (oui, même celui de votre radiateur).

2) Un thriller à double fond, qui cache son jeu
On croit entrer dans une intrigue d’intrusion et de cavale. Puis le roman dévie, subtilement : il glisse vers le doute, l’ambiguïté, la perception. Ce n’est pas seulement « que se passe-t-il ? », c’est « qu’est-ce que je suis en train de croire ? ». Et c’est là que le livre est malin : il vous manipule proprement, sans tricher, en jouant sur la peur la plus efficace… celle qui naît quand on n’est plus sûr de la frontière entre le réel et ce qu’on redoute.

3) Une noirceur qui a du sens
Le point de départ (un féminicide) est frontal et dérangeant – et c’est voulu. Rien ici n’est décoratif : la violence n’est pas un gadget narratif, elle est le moteur d’un récit qui interroge les monstres et leurs cachettes. Dans la maison, bien sûr. Mais aussi dans les angles morts, dans les non-dits, dans ce que chacun préfère ne pas entendre.

Pourquoi ça marche

Parce que le roman tient en équilibre entre deux combustions :

  • le roman noir, ancré, brut, humain ;
  • l’angoisse, presque physique, qui suinte des murs.

Et Coulon réussit à faire cohabiter les deux sans que l’un annule l’autre. L’éditeur le présente d’ailleurs comme un texte « entre angoisse et roman noir », mené par une tension très pure.

Pour qui ?

  • Pour les lecteurs de thrillers atmosphériques, qui aiment quand l’horreur est une question plus qu’un effet spécial.
  • Pour ceux qui apprécient les romans qui avancent masqués et retournent la perception.
  • À éviter si vous cherchez un polar « doudou » Ici, le doudou a peut-être… des griffes.

Verdict

Le murmure des victimes est un thriller sombre, efficace, et intelligemment construit, qui vous prend par l’oreille plutôt que par le col. Il chuchote, insiste, puis laisse au lecteur un cadeau empoisonné : l’impression durable que certains murs ont une mémoire… et une voix.

David Coulon : Le murmure des victimes, Fayard

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