D’abord, il y a Audrey, victime de violences conjugales, elle a eu toutes les peines du monde à quitter son compagnon qui l’a détruite. Elle a trouvé refuge chez son frère et sa belle-sœur, le temps de se reconstruire. Ensuite, il y a Naïma, qui a vu sa sœur mourir d’inanition, rabaissée plus bas que terre par un conjoint qui a échappé au tribunal. Entre les deux, une enfant, Emma, huit ans. victime de violences parentales, elle vit désormais avec ses « tatas » Audrey et Naïma qui se sont reconstruites à l’abri dans une vieille maison isolée dans la forêt. Elles ont décidé de devenir famille d’accueil pour apporter le bonheur à cette petite fille. Chaque nuit, l’enfant s’éveille et hurle de peur, elle entend le monstre dans le grenier qui va venir s’en prendre à elle, malgré les paroles lénifiantes. Les monstres, tout le monde sait que cela n’existe pas.
Et puis il y a le frère, Joachim. Comme on dit, pas le couteau le plus aiguisé du tiroir. Gentil, c’est lui qui a accueilli Audrey alors que son monde s’écroulait. Il vit de spectacles pour enfants, et d’ailleurs, il les aime, ces enfants, tant que ce sont ceux des autres. Lui, il n’en veut pas. Mais Karine sa femme, en voudrait. Ça et d’autres choses mènent le couple à la rupture. Car Karine a rencontré quelqu’un, elle veut refaire sa vie. Une énième dispute, un geste malheureux, Karine tombe et se fracasse le crâne contre un piano. Au lieu d’appeler les secours, Joachim va commettre l’impensable. Fuyant la police, il doit se cacher. Mais où ? Dans l’énorme maison perdue de sa sœur et sa compagne. Discrètement, il s’installe, sans prévenir les occupantes, il squatte une des anciennes chambres d’hôte, vit la nuit, profite du départ au travail des deux femmes pour manger, faire sa toilette, vivre, tel un fantôme dans une maison qui devient sa prison.
Une nuit, alors qu’il s’apprête à descendre aux toilettes, il entend Emma crier. Elle a entendu le monstre. Mais cette fois, elle n’est pas la seule. Car Joachim l’a entendu également. Pourquoi lui et la petite fille semblent les seuls à percevoir les râles mystérieux ? Et si les monstres existaient ?
« Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate. » En refermant le roman de David Coulon, m’est revenu en mémoire cette phrase de La divine comédie de Dante. L’enfer parfaitement résumé. Je n’avais jusqu’alors pas eu l’occasion de lire un ouvrage de l’auteur, et j’ai réparé cet oubli lors du salon La Plume assassine. la couverture m’avait tapé dans l’œil, le résumé encore plus. Je ne l’ai pas regretté. David Coulon livre là un roman au-delà du noir, d’une tension extrême, avec cette facilité presque diabolique d’engluer le lecteur dans ses pages et d’en faire un spectateur obligé du drame terrible qu’il s’apprête à nous jouer. Un drame que l’on sent venir, que l’on peut soupçonner par d’infimes détails, mais que l’on ne peut pas éviter. La violence est avant tout psychologique avant d’être physique, et c’est là qu’elle est la plus horrible.
Il y a les romans noirs classiques, les romans exceptionnels, et il y a Le murmure des victimes. J’envie presque les Éditions Fayard d’avoir eu le privilège de découvrir ce manuscrit dès le départ. Assurément un des meilleurs thrillers qu’il m’ait été donné de lire ces dernières années, et un énorme coup de cœur. Chapeau bas, David !
PS: Aucun monstre n’est venu polluer ma lecture… et pourtant, Dieu (ou le diable…) sait qu’ils sont légion par-dessus mon épaule !
Le murmure des victimes, par David Coulon, Éditions Fayard, septembre 2025, 21,90 €, ISBN 978-2-213-73309-8