Le peuple des rennes, de Robin Hobb

Dans des temps reculés, Tillu vit en marge de sa tribu. Guérisseuse, elle entre en communion avec la nature pour soigner les maladies. Mais ses talents ne lui facilitent pas la tâche lorsqu’il s’agit de s’occuper de son étrange fils, Kerleu. Cet enfant, lent et rêveur, est pressenti par le chaman local, Carp, pour lui succéder. Persuadée que la magie volera l’âme de son fils, Tillu n’a d’autre choix que de prendre la fuite, en pleine nuit, à travers des terres ravagées par l’hiver… Avant de publier L’assassin royal, Robin Hobb a signé plusieurs romans sous le nom de Megan Lindholm, dont le diptyque du Peuple des rennes. Comparée aux plus grands maîtres du genre, elle est aujourd’hui la reine de la fantasy.

Difficile d’ouvrir un roman de Robin Hobb sans convoquer l’ombre immense de L’assassin royal, saga qui, pour beaucoup demeure une référence indétrônable du genre. L’attente, teintée d’exigence, précède donc chaque nouvelle lecture de l’autrice. Pourtant, ce premier tome du Peuple des rennes m’a déconcertée : là où la magie opérait d’emblée avec Fitz, j’ai ressenti une réelle distance, voire une certaine indifférence face à l’intrigue et aux personnages. Les cent premières pages, laborieuses, m’ont laissée en marge, peinant à m’attacher à la destinée de l’héroïne et de son fils.

C’est véritablement à partir de la rencontre avec le peuple éponyme que la narration s’anime, que l’univers dévoile ses subtilités et que la plume de Hobb retrouve ce souffle singulier qui fait sa force. La lenteur initiale, qui aurait pu me détourner du roman si le nom de l’autrice n’avait suffi à m’inciter à poursuivre, cède alors la place à une immersion progressive, presque hypnotique, dans une culture et une spiritualité inédites.

La fin du roman, quant à elle, séduit par sa capacité à conjuguer résolution et ouverture. Elle évite l’écueil du cliffhanger artificiel pour offrir une conclusion à la fois satisfaisante et porteuse de promesses. Ce qui plaît, c’est cette sensation d’aboutissement sans fermeture, ce sentiment que l’héroïne, désormais transformée par l’épreuve, s’apprête à franchir un nouveau seuil. La finesse psychologique, la justesse des émotions et la profondeur du cheminement intérieur confèrent à cette dernière partie une intensité rare, capable de récompenser la patience du lecteur.

En bref, un début difficile, une montée en puissance subtile et une fin maîtrisée qui donne envie de poursuivre l’aventure, malgré une première impression en demi-teinte – preuve, s’il en fallait, que la magie de Robin Hobb sait parfois se faire attendre, mais ne déçoit jamais vraiment.

Robin Hobb, Le peuple des rennes, J’ai lu, février 2025, 8,90 €

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