Point de fuite, d’Estelle Tharreau

Alors qu’une tempête se déchaîne, un criminel tente d’échapper à la police et à son complice. Une réceptionniste dépose une étrange valise dans une chambre d’hôtel où un petit garçon est enfermé. Une femme guette l’arrivée du père de son enfant, et un steward désespéré attend d’embarquer pour un vol ultime.
Tous approchent du point de non-retour qui fera basculer leur existence.
Un huis clos labyrinthique où l’amour et la mort se livrent une course-poursuite infernale dans les entrailles d’un aéroport pris dans un déluge de neige et de glace.

En lectrice habituée des romans d’Estelle Tharreau, je me dois de souligner que cette dernière me surprend presque à chacune de ses parutions. Elle parvient toujours à se renouveler et donne l’impression de « se balader » entre différents genres. Roman noir, thriller, policier, post-apo… rien ne lui fait peur, et on sait à quel point j’aime les auteurs qui ne s’inscrivent pas dans des cases ou sortent facilement de leur zone de confort – pour peu qu’ils en aient une.

Point de fuite ne déroge pas à la règle dans le sens où l’autrice, une fois de plus, ne va pas là où on aurait pu l’attendre, car il s’agit tout autant d’un roman noir que d’un polar et d’un thriller psychologique. L’ensemble emprunte d’ailleurs les codes de chacun des genres : tension et suspense, tueur sanguinaire, enquête de police, psychologie fouillée, noirceur.

Je conçois que le début puisse en dérouter certains, voire sembler un peu brouillon, en raison d’une pluralité de personnages qui ne sont pas nommés ni ne paraissent avoir de liens entre eux, et je vous conseille de bien les mémoriser – ou, comme moi, de les noter – afin de ne pas perdre le fil. La lecture demande un peu de concentration et peut donner une impression de construction et de déconstruction permanente. On se doute, bien sûr, qu’ils vont finir par se télescoper, mais jusqu’à ce qu’on commence à entrevoir des connexions et que tout s’éclaircisse – assez vite, rassurez-vous -, on peut se sentir déstabilisé.

Le huis clos forcé à cause de la tempête qui règne à l’extérieur renforce cette impression et fait monter la tension. Qui sont ces mystérieux protagonistes : la réceptionniste, le steward, la femme au landau et le braqueur en cavale ? Que font-ils et que cherchent-ils ? Et surtout, qui est l’enfant derrière la porte ? Des personnages très ambigus, poursuivis par leurs démons – l’amour, le choix, les regrets, la culpabilité, le déni – et dont aucun – presque aucun – ne semble franchement mauvais. Estelle Tharreau tisse implacablement la toile de leur vie et entremêle leurs destins de manière habile dans une narration où passé et présent s’alternent et s’entrechoquent. Le futur quant à lui dépendra des décisions qu’ils prendront et des chemins qu’ils suivront… vers leur point de fuite.

Je remercie les éditions Taurnada et Joël Maïssa pour ce très bon moment de lecture.

Point de fuite, dEstelle Tharreau, aux éditions Taurnada, 10,90€

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